Le Capitaine Alatriste
escrime artistique et litterature
Arturo Perez-Reverte
Comment parler du roman de cape et d'épée contemporain sans évoquer l'un de ses plus prolifiques représentants ? Ancien reporter de guerre, Arturo Perez-Reverte est aujourd'hui le romancier espagnol vivant le plus lu à travers le monde.

Connu pour ses romans à succès tels que Le tableau du Maître flamand, Le Club Dumas, Le Maître d'escrime, c'est incontestablement sa série à succès Le Capitaine Alatriste qui lui vaut de figurer en bonne place dans notre rubrique littérature !


" Il n'était pas le plus honnête ni le plus pieux des hommes, mais il était vaillant ".

Arthuro Perez Reverte
Ainsi débute le premier tome de la saga du Capitaine Alatriste. En quelques mots, le narrateur, Inigo Balboa, protégé du héros, brosse le portrait de Diego Alatriste y Tenorio, soldat espagnol vétéran de nombreuses guerres. En ce début de XVIIe siècle, c'est toute l'Espagne de Philippe IV qu'Arturo Perez- Reverte nous fait découvrir, des fastes du palais royal aux sombres venelles de Madrid, en passant par d'innombrables champs de batailles. Chaque tome met en lumière un aspect particulier du " Siècle d'Or " qui marqua l'apogée de la puissance politique et culturelle de l'Espagne : l'inquisition dans Les bûchers de Bocanegra, les Flandres dans Le soleil de Breda, la contrebande dans L'or du roi, les arts dans Le gentilhomme au pourpoint jaune

Diego Alatriste côtoie aussi bien les humbles que les puissants ; Il compte parmi ses amis Francisco de Quevedo, l'un des plus grands poètes espagnols de tous les temps. Au cour de ses aventures, il sera amené à rencontrer le roi Philippe IV et son conseiller tout puissant le Comte-Duc Olivares. Mais c'est avant tout un soldat qui apprécie par-dessus tout la compagnie de ses semblables dans une taverne où la bière coule à flots. Alatriste est donc le témoin privilégié de cette Espagne au faîte de sa gloire et dont les signes de déclin se font de plus en plus évidents.

Le style enlevé rappelle celui des grands maîtres du feuilleton de cape et d'épée du XIXe siècle, à qui Perez- Reverte rend de nombreux hommages, en particulier à son idole, Alexandre Dumas (voir l'encadré sur Le Club Dumas page suivante). En effet, non seulement Perez-Reverte fait allusion aux événements historiques des Trois Mousquetaires, mais il reprend des éléments de la fiction dumasienne !

Bien évidemment, de nombreux duels émaillent les aventures du taciturne Capitaine. Un héros de la trempe d'Alatriste méritait un adversaire à sa mesure et le matamore italien Gualterio Malatesta est la Némésis idéale pour notre hidalgo ! De tome en tome, le lecteur suit l'évolution de la relation entre ces deux hommes que tout oppose.
Arturo Perez-Reverte est amateur d'escrime (voir plus bas notre encadré sur l'un de ses premiers romans, Le Maître d'escrime), mais n'a jamais eu l'occasion de la pratiquer vraiment. Il s'efforce toutefois de rendre le meilleur compte possible de ces affrontements singuliers en décrivant les passes d'armes de la manière la plus précise qui soit. Le résultat se révèle au final plutôt crédible, l'auteur faisant preuve d'un sens de la mise en espace qui rend ces scènes de duels très cinématographiques. C'est toutefois dans la description de grandes scènes de batailles que Perez-Reverte excelle et met à profit son expérience de reporter de guerre. Mêlées furieuses, corps à corps frénétiques : toute l'horreur de la guerre est parfaitement retranscrite par la plume de l'écrivain. Tous les sens sont sollicités : la texture de la boue, l'odeur âcre du sang, le cliquetis des armes, le champ de vision diminué par la brume d'un pâle matin batave...

Capitaine Alatriste BD
"Il n'eut pas le temps de méditer davantage car, après la surprise initiale, l'italien lui arrivait déjà dessus, noir et menaçant, l'épée pointée.

Aussitôt la fatigue du capitaine s'évanouit comme par enchantement. Rien ne tonifie mieux les humeurs du sang qu'une haine recuite ; et la sienne s'enflamma en conséquence, bien ravivée et incandescente. De sorte que le désir de tuer s'avéra plus rapide que son adversaire, car, lorsque vint la première botte, il était déjà en position ; il la détourna d'un mouvement sec du poignet, et la pointe de son épée arriva à un pouce du visage de l'autre, qui trébucha pour l'éviter.

Cette fois, remarqua la capitaine en avançant vers lui, cet infâme enfant de putain avait perdu le goût de siffler tiruti-ta-ta, ou quelqu' autre maudite chanson.

Sans attendre que l'italien se ressaisisse, il fit un pas en le pressant de près, le prenant entre son épée et sa dague, de sorte que Malatesta fut obligé de battre en retraite, en cherchant une ouverture pour riposter.

Ils s'affrontèrent de nouveau impétueusement, sous l'échelle même du château, et continuèrent ensuite de près avec les dagues et en entrechoquant les gardes de leurs rapières, jusqu'aux haubans de l'autre bord.

Là, l'italien alla donner contre le bouton d'un canon de bronze, ce qui lui fit perdre l'équilibre, et Alatriste eut plaisir à lire la peur dans ses yeux quand lui-même se tourna à demi, sa main gauche pointant sa dague et sa droite menaçant du tranchant de l'épée, pour frapper ainsi à la fois d'estoc et de taille, mais le capitaine eut la malchance, au moment d'exécuter ce dernier coup, que la lame de son épée tourne et frappe à plat.
Cela suffit pour que l'autre lance un cri de joie féroce ; et, avec l'efficacité d'un serpent, il porta une botte d'une telle force qu'Alatriste, totalement pris de court, eût rendu incontinent son âme à Dieu s'il n'avait pas réussi à faire un bond en arrière..."

Le Maître d'Escrime - Arturo Perez-Reverte
Le Maître d'escrime
Le temps d'un roman, Perez-Reverte délaisse le Siècle d'Or d'Alatriste et Philippe IV pour nous plonger dans une époque plus crépusculaire de l'Espagne : la fin du XIXe siècle.
Le Maître d'escrime raconte la fin de carrière de Jaime Astarloa, Maître d'Armes émérite qui assiste impuissant à la fin d'un monde : celui des valeurs des hidalgos, qui doit plier devant les menées perfides des intrigants.
Il va se retrouver, malgré lui, impliqué dans un complot aux répercussions nationales qui va bouleverser l'Espagne à tout jamais.

Outre l'intrigue finement ciselée et les personnages soigneusement brossés, Perez-Reverte apporte une nouvelle preuve de son amour de l'escrime dans ce roman. Chaque chapitre porte le nom d'un coup ou d'une notion : " de l'assaut ", " fausse attaque composée ", " attaque par coulé ", "dégagement forcé"… Perez-Reverte construit donc son roman comme un assaut d'escrime, avec ses saluts, ses invites, ses fulgurantes estocades ou ses parades désespérées. Bien évidemment, la quête quasi mystique du héros peut prêter à sourire : cette botte imparable qui l'obsède, et dont il s'obstine à percer le secret, repose sur un enchaînement de plus de dix coups! Néanmoins, le lecteur - et l'escrimeur - amateur de bons thrillers historiques ne saurait passer à côté de ce roman qui porte haut les valeurs de notre noble art !

Club Dumas - Arturo Perez-Reverte
Le Club Dumas
Arturo Perez-Reverte se réclame de la grande littérature populaire de cape et d'épées. Ces romans regorgent de clins d'oeil et de références aux œuvres de Dumas. Le Club Dumas, par exemple, constitue un hommage appuyé au père des mousquetaires. Les figures de D'Artagnan, Milady et Rochefort hantent les pages de ce thriller contemporain occulte ou l'œuvre phare de Dumas sert de fil rouge. Il est d'ailleurs dommage que l'adaptation cinématographique du roman, Les neuf portes de Roman Polanski, fasse complètement l'impasse sur les références aux Trois mousquetaires… L'histoire perd énormément de son sel !

Alatriste - Le film DVD
Alatriste, le film
Le public espagnol a eu la chance de voir s'animer sur grand écran les aventures du Capitaine Alatriste en 2006. Une production cent pour cent espagnole, à une exception près : le rôle titre, confié à l'acteur américain Viggo Mortensen, qui s'est illustré entre autres dans le Seigneur des anneaux de Peter Jackson. Cette grande fresque historique retrace toute la vie de Diego Alatriste, et va même plus loin que les romans ! Que les puristes se rassurent, Arturo Perez-Reverte était présent lors du tournage, c'est donc sa vision qui est retranscrite à l'écran. Classique dans sa réalisation, le film offre, comme souvent dans ce genre de productions, des décors grandioses et des costumes somptueux. Les duels ont été chorégraphiés par Bob Anderson, qui avait déjà travaillé avec Viggo Mortensen sur le Seigneur des anneaux (le Maître d'Armes ne tarit d'ailleurs pas d'éloges sur l'acteur, qui s'investit toujours à fond dans ses rôles).
Après maints reports, le film n'a finalement pas traversé les Pyrénées, au grand dam des fans français. Votre serviteur a donc dû recourir aux services d'un site internet de ventes aux enchères célèbre pour se procurer le dvd du film dans sa version espagnole ! Je vous encourage d'ailleurs à faire de même car les bonus sont nombreux et d'un grand intérêt pour les escrimeurs. Non seulement on peut y voir Bob Anderson régler les combats sur le tournage du film, mais également un reportage dans une salle d'armes espagnole où un Maître d'Armes évoque les techniques martiales en vogue au début du XVIIe siècle en Espagne.

Alatriste le Film

- Anthony Debot
- Source : Revue de l'AAF n°105

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