Les Foulards Rouges
escrime artistique et litterature
Frédéric H. Fajardie
Les Foulards rouges - Frédéric H. Fajardie
Nous rendons hommage à Frédéric H. Fajardie qui vient hélas de nous quitter. Il faisait partie de cette génération d'auteurs contemporains dont la plume aimait parfois taquiner l'épée pour mieux raviver le roman d'aventure. Outre la littérature, cet écrivain a également travaillé à des scénarios de films ou des dialogues pour le cinéma.

Le classicisme au service du modernisme
Les foulards Rouges de Frédéric H. Fajardie - couverture
On ne peut s'y tromper, chez Fajardie, l'univers est celui du " thriller ". Un psychopathe doté de moyens considérables commet des crimes en série épouvantables. L'enquête est menée par des personnages de toutes origines sous la houlette d'un héros éclairé et charismatique. La toile de fond est intemporelle, voire commune. On parlera pourtant de recette classique et réussie.

Si l'histoire se situe au Grand Siècle, on n'est pas dans le roman historique. En effet, il n'y a nulle trace chez Fajardie des raisonnances descriptives d'un Robert Merle ou d'un Maurice Druon qui affichent au fil des lignes leur tendresse pour ces monarques, ministres et grands seigneurs qui ont fait la France.

" O Tempora, O Mores ", Fajardie, ce n'est donc pas non plus Dumas pour ce qui est de l'esprit des personnages. On sent le républicain convaincu, sans concession pour une quelconque nostalgie monarchique avec des clins d'oeils maçonniques qui ne manquent pas. En revanche, on est dans le rythme Dumasien quand on assiste à la mise en scène d'un groupe d'escrimeurs qui luttent pour préserver leurs intérêts propres, au nom d'une amitié idéale et indéfectible. C'est totalement l'esprit d'un Vingt ans après !

Autre point commun avec le Vingt ans après de Dumas, l'intrigue se situe précisément durant la Fronde et la fuite à Saint Germain, mettant en scène un groupe d'amis escrimeurs agissant pour le compte du Roi et du Premier ministre du royaume. Le jeune Louis XIV est protégé par sa mère et Mazarin mais se trouve bien seul face aux troupes tumultueuses des aristocrates qui menacent le trône. Mazarin, ministre brillant, s'entoure d'un groupe d'hommes sûrs : les " foulards rouges ". Ce " commando " dirigé par le comte Loup de Pomonne, seigneur de Nissac, est chargé d'infiltrer les lignes ennemies pour mieux saper le moral des frondeurs en les frappant de l'intérieur plutôt que sur les champs de bataille. En parallèle à sa mission secrète, la troupe de Nissac affronte le tueur fou qui menace la vie de la belle Mathilde dont le comte de Pomonne est épris. Une course poursuite au milieu des émeutes et des combats va s'ensuivre entre Nissac et le psychopathe…

L'escrime au coeur d'un vrai roman de cape et d'épée
Les foulards Rouges de Frédéric H. Fajardie - couverture
Nissac est un général d'artillerie qui dirige d'une main d'acier les hommes et les armes. Aristocrate breton au caractère rugueux, aimant sa lande et les pierres d'un château ancestral constamment frappé par les vents marins, le comte de Pomonne est surtout un chef de bande et un redoutable escrimeur. Ayant disparu lors d'une embuscade dressée par une troupe frondeuse pendant la guerre de Picardie, Nissac, devenu amnésique, est retrouvé par ses hommes grâce à ses talents d'escrimeur :

Le prêtre, troublé un instant reprit :
- D'un bond, " l'homme sans nom " s'empara de l'épée du garde mort (...). En sa posture, [il] ne manquait point de grâce, et marquait même grande élégance, une main sur la hanche et l'autre tenant l'épée haute, à la verticale...
- C'est lui ! S'écria le lieutenant Fervac
Le prêtre, qui prenait l'habitude de ces interruptions, continua aussitôt son récit :
- Un garde lui faisait face. Il détendit simplement le bras et le tua...
- C'est lui ! ... s'enthousiasma Monsieur de Bois-Brûlé.
Le prêtre poursuivit :
- Un autre garde s'approcha et fût tué, " l'homme sans nom " frappant toujours d'estoc...
- D'estoc ? ... C'est lui ! Gronda Florenty, que l'émotion gagnait.
Le prêtre soupira.
- D'estoc, oui à la fin : c'est que j'y étais moi ! Au reste, il touchait une seule fois, sans jamais faillir, sans ôter la main de sa hanche et sans omettre de redresser son épée à la verticale avant de frapper de nouveau.

La personnalité du héros est appuyée par Fajardie grâce au parti prix narratif décrivant précisément les gestes de l'escrimeur. Il frappe vite et bien. Il touche ses adversaires directement, avec franchise, de la pointe de l'arme et sans jamais se départir de sa noblesse qui est affirmée par la beauté de la position de garde, de l'invite et du tiré droit.
Monsieur de Nissac tue ses adversaires, certes, mais avec élégance, conformément à l'esprit de ce qui n'est pas encore un sport mais qui est déjà un art : l'escrime.

Si Les Foulards rouges n'est pas un livre historique, c'est en revanche, à n'en pas douter, un parfait roman de cape et d'épée, qui s'inscrit dans la lignée des grands classiques de l'aventure et du roman policier.

Pour prolonger le plaisir
Frédéric H. Fajardie a écrit deux autres romans de cape et d'épées : Le voleur de vent et La tour des demoiselles.

- Joël Girod
- Source : Revue de l'AAF n°105

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